Captain France contre les démons en plastique: épisode 37. Cuisant échec pour la Nouvelle Marianne
(Dans le dernier épisode de cette série épique, nous avons laissé la Nouvelle Marianne alors qu'elle s'apprêtait à être attaquée par le corps du monstre dont elle combattait les serpents crâniens.)
Il bondit, et, à travers la gerbe d’étincelles, la Nouvelle
Marianne vit son visage. Et elle en fut horrifiée. Car elle reconnut le regard
de celui que, durant sa vie précédente, comme ingénieure en matière plastique,
elle avait pris pour son fils artificiel, l’être auquel elle était parvenue à
donner une âme : les mêmes yeux jaunes, jusque-là cachés sous de
puissantes arcades sourcilières noires, la regardaient d’un air familier. Et,
alors même qu’il bondissait, se sachant reconnu, le monstre esquissa un sourire
pervers, cruel et affreux, et elle reconnut encore son air, lorsqu’il la
prenait, lorsqu’il s’accouplait avec elle, puisqu’il avait été son amant. Elle
le reconnaissait dans ses gestes, dans ses traits, et, comme il était nu, elle
le reconnaissait aussi dans les mouvements visibles de son organe, agité et
tendu. Son épouvante fut sans nom. Elle reconnaissait son violeur, et elle en
était paralysée, malgré tout l’entraînement qu’elle avait suivi avec Captain
France, malgré toutes les épreuves d’initiation qu’elle avait subies pour se
purifier et redevenir intérieurement libre de l’abominable emprise. Elle tomba
à genoux, se roula en boule en tremblant et en criant – et, paradoxalement, ce
fut ce qui la sauva. Car le monstre, surpris, trébucha sur elle et tomba de
l’autre côté. Il s’attendait à une résistance plus grande : il pensait que
Captain France avait eu une influence plus profonde.
Il s’affala sur le sol de pierre, et celui-ci en trembla. En
pleurs, ne sachant qu’à peine ce qu’elle faisait, la Nouvelle Marianne roula
sur elle-même, se tint à genoux, et leva son sabre. Elle l’abattit d’un coup
sur le crâne du monstre, qui n’eut que le temps de voir arriver la lame
brillante sur son front. La lame s’y incrusta, tranchant le crâne dans le sens
vertical, ouvrant la boîte contenant, supposait la Nouvelle Marianne, le
cerveau. Elle avait tremblé de terreur, en abattant son sabre, mais ne l’avait
pas moins enfoncée dans le crâne de cette bête. Le monstre cependant ne
semblait pas en agoniser. Il continuait à la regarder de ses terribles yeux
jaunes. Et voici ! il se mit sur un coude, et, gardant le sabre enfoncé
dans son crâne, se mit debout. Du sang sombre coulait sur son visage, mais il
restait debout et, pour ainsi dire, vivant. Et il tendait les bras vers la
Nouvelle Marianne, maintenant désarmé : car le sabre restait incrusté dans
le crâne du monstre.
Elle reculait, épouvantée et en pleurs. Elle cria
plusieurs fois, alors qu’il titubait vers elle. Et puis il s’arrêta. Une fumée
commença à sortir de la plaie du crâne. La peau d’abord, le reste ensuite se
liquéfiait, s’affaiblissait. Soudain, le crâne s’ouvrit tout grand, et une
flamme en jaillit. Le sabre bondit, retombant à terre dans un tintement
métallique. Et voici, les deux pans du crâne maintenant écartés tombèrent sur
les épaules du monstre, mais son torse aussi bientôt s’ouvrit, et la Nouvelle
Marianne vit alors une des choses les plus incroyables qu’on puisse voir :
une femme se tenait, à l’intérieur flamboyant du monstre. Son armure sombre
reflétait les flammes de ce corps étrange. Elle était tout armée, guerrière
insigne. Une auréole de feu tournait autour de son front, comme une couronne.
Des cornes étaient à son heaume, luisantes et noires comme le jais. Elle
s’avança, et posa le pied à terre. Le corps du monstre s’effondra derrière elle
dans un accès de fumée et d’étincelles qui acheva de le liquéfier. Qu’était
ceci ?
La Nouvelle Marianne regarda la femme dans les yeux, à
travers son heaume sombre, constellé de diamants noirs. Ils étaient rouges,
flamboyants. Marie-Sol regarda encore, et elle reconnut les traits de son
visage : la femme souleva son heaume, et c’était elle, Marie-Sol ! Elle
hurla et s’évanouit. Elle se vit s’évanouir depuis les yeux de cette femme, et
elle se vit disparaître, sur le sol, comme une fumée. Elle devint transparente
et légère, et sembla s’enfoncer dans la pierre, ou se dissiper dans l’air. Le
heaume roula sur la pierre, et s’immobilisa. Le costume-armure s’aplatit sur le
sol. Il était désormais vide. Un nouvel accès de terreur absolue la saisit.
Puis elle sombra dans l’obscurité et ouvrit les yeux.
Où était-elle ? Une
couette tiède la recouvrait. Sa tête reposait sur un oreiller. Une vague clarté
dessinait une fenêtre et une porte. Elle ne reconnaissait pas les lieux. Mais
peu à peu le souvenir lui revint : elle avait connu cette chambre,
autrefois. Oui, elle se remémorait un ancien temps : c’était la chambre qu’elle
avait toujours occupée quand elle vivait chez ses parents, à Roanne, en Forez. Que
faisait-elle là ? Était-elle retombée en enfance ? Sa vie d’adulte
n’avait-elle été qu’un rêve ? Elle se toucha le corps : il s’agissait
bien d’un corps d’adulte. On avait dû l’amener là. Mais quand ? Elle se
leva : elle portait une chemise de nuit de vieux style provincial, avec
des fleurs bleues. Elle se dirigea vers la porte, la tira, et gagna le haut des
escaliers. Elle descendit, marche après marche, très lentement. Ses jambes
étaient faibles et tremblaient. Elle frissonnait. Elle se tenait à la rampe en
bois.
Elle parvint devant la porte de la cuisine. De la lumière
était dessous. Elle la poussa. Ses parents étaient assis à la table, la
regardant, immobiles, souriants. Ils étaient tels qu’elle les avait laissés la
dernière fois qu’elle les avait vus, trois mois auparavant, lors de sa dernière
visite. Leurs yeux brillaient, mais ils ne bougeaient pas. Elle se vit sur la
vitre du four, en reflet : elle était petite, et telle qu’une enfant. Ses
parents la regardaient toujours, et elle crut déceler en eux un air sardonique.
Elle cria, et s’évanouit.
Elle se réveilla, et elle était encore dans son lit
d’enfance. Son corps était de nouveau celui d’un adulte. Il faisait jour. Sa
mère, souriante, la regardait. Elle était assise à son chevet. « Ma petite
fille », dit-elle. « Ma chère Marie-Sol. Comment vas-tu ? »
Marie-Sol, l’entendit ainsi murmurer de sa voix douce, se demanda si elle
rêvait encore. « Maman », dit-elle, « c’est toi ? Tu es
là ?
– Oui, ma petite chérie, répondit sa mère.
– Que s’est-il passé, maman ? demanda encore Marie-Sol.
La suite au prochain épisode publié!

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