Captain France contre les démons en plastique: épisode 36. La Nouvelle Marianne combat les Serpents
(Dans le dernier épisode de cette série épique, nous avons laissé la Nouvelle Marianne, disciple de Captain France, alors qu'elle venait de se mettre en garde à l'approche d'un monstre menaçant qui avait monté des escaliers singuliers, semblant plonger dans les profondeurs d'un abîme.)
Le monstre alors jeta, de sa seule volonté, un serpent de sa chevelure vers la Nouvelle Marianne – et voici ! il se déroula et s’allongea plus qu’elle ne s’y attendait, étirant ses anneaux jusqu’à s’enrouler autour de son heaume. Il tenta de la mordre au cou, qui était nu : la blancheur de sa chair pure se voyait, sous le métal scintillant. Mais, donnant un coup de sabre à ce serpent, la Nouvelle Marianne parvint à lui faire lâcher prise, et à l’empêcher d’accomplir son fatal dessein.
Aussitôt au moins dix serpents bondirent de la tête du
monstre ignoble, et imitèrent leur congénère en échec, pensant apparemment que
le nombre ferait l’affaire ; mais, électrisée par son premier coup donné, la
Nouvelle Marianne, avertie et rapide, para cette attaque par de rapides coups
de sabre qui coupèrent plusieurs de ces serpents en deux. Dès lors les sept
serpents restants suspendirent leur vol dans les airs, sifflant et vibrant, s’agitant
et regardant de leur œil rouge dépité leurs congénères qui versaient le sang du
monstre sur le sol, pendant que leurs têtes étonnées se tordaient en vain sur
le sol. Attentifs aux mouvements de la Nouvelle Marianne, ils remuèrent de
droite et de gauche, lançant des attaques feintes, testant les réflexes de la
guerrière étincelante. Ils espéraient la déstabiliser et l’affaiblir par
l’angoisse. Et soudain, d’un coup ils lancèrent leur nouvelle attaque.
Ensemble ils s’élancèrent vers la Nouvelle Marianne, la
saisissant à plusieurs endroits à la fois – et le monstre qui les tenait depuis
son crâne, lui-même, s’avançait derrière ce réseau à sept fils mouvants. La
Nouvelle Marianne l’apercevait, grandissant devant elle, son ombre s’étendant
autour de lui comme pour l’englober et chasser sa lumière, l’avaler et la faire
disparaître. Et elle sentait les serpents s’échiner sur son costume aux mailles
fines et luisantes pour la mordre dans sa chair et la faire mourir, cruels et
vifs qu’ils étaient.
Elle se concentra, concentra sa pensée sur un point précis, et
cristallisa le flux de sa volonté dans la pierre précieuse qui ornait à son front
son heaume sublime : l’idée lui en était venue d’elle-même, peut-être
inspirée par la gemme, remplie d’esprit et de conscience. Et voici ! un
rayon sidéral bondit de la pierre, et consuma trois serpents qui ondoyaient
devant. Les queues de ces bêtes se rétractèrent, et revinrent vers le crâne du
monstre désormais ensanglanté. Mais le sang en était noir et fumant, puant et
grésillant, et le monstre n’en était que plus laid, il n’en était que plus
horrible.
De sa main gauche la Nouvelle Marianne saisit un serpent qui
s’était enroulé autour de sa main droite, qui tenait le sabre luisant, et, d’une
force dont elle ne se savait pas capable – car le serpent était pareil à un
câble, il était lui aussi très fort –, elle le contraignit à lâcher prise, et
un autre rayon partit de sa gemme, et il eut à son tour la tête consumée.
Des serpents de départ, il ne restait plus que quatre, et
cela avait eu lieu très vite, le monstre n’avait pas encore eu le temps d’atteindre
la Nouvelle Marianne. D’ailleurs, malgré la souffrance provoquée par chacune
des morts de ces bêtes, il ne voulait pas gêner leur action en y mêlant ses
bras, ses crocs, ses griffes. Il voulait attendre d’en voir l’effet. Cependant
il continuait de s’avancer, ombre inexorable : pareil à ces cauchemars
vivants qui s’avancent vers vous lentement mais que vous ne pouvez plus éviter
parce que vos jambes impuissantes refusent de vous porter, ainsi le monstre s’avançait
vers la Nouvelle Marianne empêtrée dans l’étreinte des serpents attachés à la
tête du monstre, dont deux d’ailleurs étaient enroulés autour de ses cuisses,
rendant ses jambes faibles et leur jetant comme un sort d’impuissance. Elle gémit,
et de la pointe de son sabre rapidement ajusté souleva le corps du serpent de sa
cuisse droite, pourtant attaché à elle comme un câble sur le point de rompre les
mailles de son costume scintillant. Mais le serpent ne fut pas tranché, le coup
restant délicat ; et la Nouvelle Marianne dut le saisir de sa main gauche
et lui écraser la tête dans son gant de métal. Cependant le serpent attaché à
sa cuisse gauche en profita pour jaillir sur ses cette main et la mordre avec
force ; et la Nouvelle Marianne sentit presque les dents traverser la
protection qu’avaient tissée les fées de la Lune, bénies soient-elles. Elle se
demanda même s’il n’y était pas parvenu, et à injecter son venin dans ses
membres souffrants.
Elle abattit le pommeau de son sabre sur sa tête, et un
éclair jaillit : car en écrasant cette tête la Nouvelle Marianne asséna
également un coup sur son gant, et le contact des deux métaux célestes fit jaillir
un éclair. Elle entendit comme une voix, en elle, comme si son épée lui parlait :
« Oh, prends garde, belle Nouvelle Marianne, car dans ce pommeau se
trouvent les reliques les plus saintes de saint Martin et de sainte Geneviève,
et relié par elles aux anges et aux saints du ciel, c’est-à-dire aux dieux les
plus nobles et les plus hauts, ton sabre a un pouvoir que tu ne soupçonnes pas ! »
Mais elle sourit, à cette pensée, imaginant qu’elle l’avait eue seule, d’elle-même,
qu’elle avait fantasmé ces reliques, souvenir de lecture de l’école, dans
lequel Roland tenait une épée appelée Durandal qui avait des reliques semblables
dans son pommeau. Cependant, à ce rire, à cette moquerie intérieure, elle vit
les yeux tristes et sévères d’un être inconnu se poser sur elle, devant le
monstre et dans une brume dorée qui se dissipa aussitôt. Elle s’en souviendrait,
plus tard, et déciderait que, peut-être, cette voix intérieure était celle d’un
autre être, qui lui avait alors parlé. Mais comment en être sûre ?
Deux serpents restaient attachés à elle, la mordant et la mordant
à répétition, sur le flanc droit et au sein gauche. Ils étaient enroulés autour
de son ventre et de son épaule gauche. Les mailles de son costume commençaient
à se déformer sous l’effet de ces assauts répétés. Bientôt leurs crocs atteindraient
sa chair, et elle mourrait. Elle tâcha d’attraper de la main gauche le serpent
qui était attaché à son flanc, et il l’évita, descendant aussitôt vers sa fesse
droite, qu’il recommença à attaquer de morsures répétées. Elle donna un coup de
sabre au serpent attaché à son sein gauche, et sursauta, car une douleur lui en
vint, comme un coup soudain. Le serpent cependant sauta en l’air, et retomba
inerte. Or, son costume était désormais ouvert, et le sein apparaissait, nu. Elle
était vulnérable. Faisant passer son sabre dans la main gauche elle saisit le
serpent attaché à sa fesse droite et le brandit au-dessus d’elle, furieuse, et
voici ! elle fit partir un rayon flamboyant de sa gemme frontale, alors
que sa main tenait encore le serpent. Et si celui-ci fut effacé dans ce feu
comme une ombre disparaît avec la lumière soudaine d’un soleil apparaissait
derrière un nuage, les rayons sur le gant rebondirent et firent jaillir mille
étincelles dans une explosion de couleurs qui éblouirent brièvement la Nouvelle
Marianne. C’est alors que le monstre en profita pour s’élancer.

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