Captain France contre les démons en plastique: épisode 33. L'ultime épreuve de Marie-Sol
(Dans le dernier épisode de cette épopée, nous avons laissé la Nouvelle Marianne alors que, bien entraînée par Captain France, elle s'apprêtait à passer une ultime épreuve, pour devenir une héroïne pleine et entière, connaître une véritable métamorphose.)
Or, voici en quoi consistait cette ultime épreuve. Le jour
où elle devait avoir lieu, Marie-Sol Toclun, la Nouvelle Marianne, vit Captain
France devant une porte. La vie de Marie-Sol, en effet, n’était pas confinée
dans l’espace blanc que nous avons décrit. Selon la nature des épreuves
suivies, différents éléments y paraissaient. Les astres, notamment, s’y
montraient – non pas lointains comme dans le ciel habituel, mais tout proches,
comme à portée de main. Et lorsqu’il était l’heure de dormir, ou de manger, des
éléments de chambre, de lit, de table, de nourriture, surgissaient dans
l’espace blanc – qui, sinon, n’avait pas de limite apparente.
Les jours passaient, mais il semblait que ce ne fût pas
selon un ordre imposé par le soleil : celui-ci apparaissait à un bout de
la pièce, tournait en haut à peu de distance, puis disparaissait au-delà de la
portée de Marie-Sol, mais davantage comme un globe d’or mû par quelque machine
que comme le soleil que nous connaissons. Et selon l’apparente volonté de
Captain France il allait lentement ou très vite, comme s’il eût été artificiel,
non naturel. En tout cas le temps n’était pas dirigé par ce globe scintillant,
et les besoins de la Nouvelle Marianne en était complètement séparés, n’étaient
absolument pas ponctués par le cheminement de l’objet fabuleux. Elle ne mangeait,
dormait, se lavait, que selon une cadence n’ayant rien à voir avec ce que
pouvait faire cet étrange soleil. Il semblait qu’elle vivait un temps au-delà
du temps, supérieur au nôtre en tout point. Tout se passait comme si elle et
Captain France se trouvaient sur une autre planète.
Or, en un sens,
c’était le cas. Ils ne se trouvaient pas, à vrai dire, sur une de ces boules
solides décrites par les physiciens, et où les techniciens envoient leurs
machines. Ils se trouvaient sur un cercle éthérique solidifié, cristallisé, celui-là
même qui, aux yeux des mortels, porte la Lune quand elle effectue ses cycles
autour de la Terre ; car il en est ainsi, qu’elle roule sur un cercle, et
que ce cercle est comme un sol pour certains êtres mystérieux que nous ne
saurions nommer. Cela explique beaucoup de choses ; Marie-Sol, soumise là
à un autre temps que le nôtre – que ne marquaient pas les astres mais un ordre supérieur
de choses, suivait son rythme propre, qui défiait le temps auquel sont soumis
sur la Terre les Hommes.
Et ce que Marie-Sol vivait en une heure pouvait être une
année sur Terre – mais elle apprenait, en une heure, ce que précisément sur
Terre elle eût mis une année, voire davantage, à apprendre, parce que cela lui
venait comme sous le coup d’une révélation ou d’une métamorphose, de façon
merveilleuse et miraculeuse.
Et voici, il advint un jour, lors d’un beau jour cosmique –
jour qui pouvait n’être qu’une heure, sur l’arc argenté de la Lune où la
Nouvelle Marianne s’initiait aux mystères du monde auprès de Captain France –,
il advint que Captain France se tint près d’une porte, et qu’il la montra à la
Nouvelle Marianne, son élève. Sans rien dire, il prit le loquet d’or dans la
main, le tourna, puis poussa la porte. Ensuite, il ne bougea plus.
La Nouvelle Marianne le regarda, surprise : ne lui
montrerait-il pas le chemin ? Ne marcherait-il pas devant elle ?
Captain France la regarda, et lui montra ce qu’elle
attendait, ce qu’elle espérait depuis longtemps : le heaume sacré de la
Nouvelle Marianne – ce que le vulgaire appelle un casque, mais qui ressemble
bien plutôt à un masque. Il était dans une niche, juste derrière la porte
ouverte, scintillant dans la pénombre. Tremblante comme devant une chose
sacrée, la Nouvelle Marianne passa le seuil de la porte, et elle sentit comme
un frisson, qui la fit tressaillir – comme si un souffle nouveau était entré
dans son corps par l’intermédiaire de son nez. Elle en eut une sorte de
tournis.
Elle le vainquit, néanmoins, et tendit les deux mains vers
le heaume, brillant et serti de pierreries. Elle le souleva – il était
étonnamment léger, comme le sabre que Captain France lui avait fait manier.
Il semblait très grand, trop grand pour sa jolie tête. Elle
fut inquiète. Captain France la regardait, de ses impénétrables yeux d’or. Il
hocha lentement la tête, comme pour approuver son action ; du moins le
crut-elle, car ce fut presque imperceptible. Et elle mit le heaume sur sa tête
et devant son visage, et la visière rouge s’ajusta à ses yeux, et l’ensemble du
heaume à son crâne, comme une seconde tête. Et elle fut prise d’une épouvante
soudaine, car elle vit aussitôt, depuis les profondeurs sombres de la pièce sur
laquelle ouvrait la mystérieuse porte, un monstre terrifiant. Or, Captain
France referma la porte derrière elle, et elle se retrouva seule devant cette
créature épouvantable.

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