Captain France contre les démons en plastique: épisode 30. La rencontre merveilleuse

(Dans le dernier épisode de cette série désormais fameuse, nous avons laissé Captain France et Marie-Sol Toclun son invitée alors qu’ils s’apprêtaient à franchir le seuil d’une porte étrange, menant à une salle inconnue.)

Captain France dut d’abord pousser la porte, qui n’était qu’entrouverte, et, aussitôt, une odeur singulière entra dans les narines de Marie-Sol – qu’elle n’avait jamais sentie auparavant, et qui était douce, bonne, agréable. Tous deux passèrent le seuil, et ce que Marie-Sol vit alors l’émerveilla.

Devant elle se tenait une femme assise sur un fauteuil à baldaquin au coussin de velours mauve ; les montants et les accoudoirs étaient sertis de pierres précieuses et ceints d’acanthes d’or. Au-dessus de la femme la cime du baldaquin était ornée d'une étoile qui brillait singulièrement, comme si elle eût été vraie, alors qu'il ne pouvait s'agir que d'un bijou qui en avait la forme. De chaque côté de cette étoile étaient, dans le bois en ovale du fauteuil, des diamants étincelants. Au-dessus du fauteuil même, dans l'air, Marie-Sol crut voir scintiller des reflets de couleurs, comme s'ils émanaient de vitraux où le soleil rayonnât. Or, elle crut aussi voir s'y tracer les traits d'une personne, qui ressemblait, mais en encore plus beaux, si une telle chose est possible, de la femme assise. Cependant ils étaient plus purs, plus évanescents, comme transparents.

Marie-Sol, comparant les deux images - l’une vaporeuse, l’autre comme matérialisée -, s’aperçut que la dame assise la scrutait avec force, et que ses yeux jetaient devant eux comme du feu, qui faisant flamboyer l'air faisaient trembler Marie-Sol. Il semblait à celle-ci que ce feu la pénétrait, entrait dans son sein et sondait l’intérieur de son corps et même le fond de son cœur – et qu’il y recréait, en s’enroulant et en se tissant, un œil qui se mouvait, vif et rapide.

Elle se sentit percée d’outre en outre ; et elle songea que, si cette dame l’avait pu, elle eût pu cristalliser dans l’instant ce feu de ses yeux, et la tuer aussi bien que si elle l’eût transpercée d'une lance : car son pouvoir était grand, on ne pouvait en douter.

Cette femme avait, en tout cas, de longs cheveux ondulés, blonds et dorés ; des traits fins et réguliers. Par son buste et ses jambes elle semblait grande - et il parut à Marie-Sol qu'elle disposait d’une certaine ressemblance avec Captain France, autant que le masque de celui-ci lui eût jamais permis d'en juger. Marie-Sol, même, soupçonna une parenté : bien que cette femme lui semblât, par son visage sans rides et ses mains pures et blanches, encore très jeune, elle se demanda s’il ne s’agissait pas de sa mère, à cause du respect et de la dévotion que Captain France lui montrait. Elle disposait d'une autorité singulière, qu’on n’aurait su aisément expliquer : son maintien était parfaitement maîtrisé, son œil brillant ne bougeait pas. Une forme de majesté l’entourait comme un halo, et Marie-Sol se prit à penser que peut-être une âme très vieille se tenait dans ce corps si jeune, et, en riant nerveusement, songea qu’elle avait sans doute pu voir et rencontrer Charlemagne voire Jésus-Christ, si elle avait tant d’âge caché, tant d’années secrètement passées par-delà sa jeune apparence. Or, surgie de nulle part, une voix résonna dans sa tête, disant : « C’est toi qui en parles ». 

Elle se parlait à elle-même, certainement ; et se rappelait le mot de Jésus répondant à quelqu’un qui lui demandait s’il était le Fils de Dieu : Puisque tu le dis ! Réminiscence probable, sans conséquence. Cependant, devant elle, comme devinant ses pensées, ou peut-être les inspirant à distance, la femme assise affecta un léger sourire ironique. 

(À suivre.)

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