Captain France contre les démons en plastique : une épopée. Episode 28 : les affres d'une rédemption

(Dans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé Captain France alors que, ayant fait fuir l'Homme de Synthèse, chef des Démons de Plastique, il venait de rasséréner l'inventrice de celui-ci, la jolie savante Marie-Sol Toclun, jusqu'au point de la remettre dans ses esprits, et de lui permettre de s'apercevoir de ses errements antérieurs.)

Alors, elle parla, de sa voix qui tremblait d’émotion. Et elle demanda à l’être étrange qui se trouvait devant elle : « Qui es-tu, homme-drapeau ? Car c’est ce que tu me sembles être, notre drapeau national venu à forme d’homme, c’est-à-dire à maturité. » Et Captain France répondit, comme nous y avons déjà fait allusion : « Je suis ce que vous pourriez nommer un vivant talisman, le drapeau qui a pris vie par la grâce des astres. En même temps, un homme, mortel ordinaire, m’a prêté sa nature, pour que j’apparaisse à sa place : en lui les bracelets fatidiques placés à ses poignets se sont heurtés, une boule de feu est apparue, pareille à un cocon, et j’en suis sorti, libre et glorieux, sous la forme de Captain France. Car tel est le nom que me donnent les hommes qui m’ont vu, si ma famille immortelle me donne le nom d’Ordiler, et si ma famille mortelle me donne le nom de Robert Hugues, comme te l’a révélé Ernückhl le Maudit. J’ai une identité secrète parmi les hommes, parce qu’il ne peut pas en être autrement. Et nul ne sait si je l’ai créée par mes forces psychiques, jusqu’à ce qu’il prenne corps sur terre, ou si c’est lui qui m’a rêvé dans l’ordre imaginal, pour que je m’épaississe parmi les hommes : nul ne le sait, et qu’importe ? Je suis là, devant toi, c’est tout ce qui compte. Je suis prêt à agir, à poursuivre ton bourreau, si dorénavant tu acceptes qu’il porte ce nom, plutôt que celui d’amant. Car, crois-moi, les visions qui te sont venues ne sont pas fausses, elles sont vraies, il ne s’agit pas d’un mensonge ! Et, si tu es prête toi-même, tu peux m’aider, à retrouver et à châtier ce monstre. Car il t’a bien livré des secrets, t’a bien parlé de ses bras, je pense !

– Oh ! » fit Marie-Sol, « mais comment ? Je me sens si perdue, si dispersée de l’intérieur, si désintégrée dans mon être profond ! Tout ce que j’ai cru s’effondre, et voici que le sol se dérobe sous mes pieds. Je me trouve ignoble, sale, lâche, irrémédiablement souillée, j’ai juste envie de mourir.   

– Tu peux te racheter, femme ! Si tu le voulais, je te mènerais à la cité secrète de la purification et de l’initiation, et tu deviendrais à ton tour une héroïne vouée à la France. Tu en as les capacités mentales et physiques, tu ne dois pas te dévaloriser : Ernükhl appartient à un lignage très puissant dans l’ordre cosmique, il est issu d’une race plus ancienne que l’être humain, présente sur terre avant son apparition, présente même dans les astres avant l’apparition de la Terre ! Nul n’aurait pu lui résister : tu as déjà fait beaucoup, crois-moi. La plupart des femmes seraient mortes, de ce qu’il t’a fait subir.

­– Non, je n’y crois pas, » répondit Marie-Sol, « je me croyais exceptionnelle et je ne suis qu’une traînée comme les autres, une femme folle.

– Dis plutôt victime des agissements de cet esprit puissant, venu du fond des âges, et auquel nulle entité mortelle n’eût su résister. Pense à toutes les personnes de valeur qu’il a médusées, hypnotisées, envoûtées, sous la promesse de les rendre pareilles à des dieux, de faire d’elles des surhommes, et utilisant leur détresse en face de la maladie et de la terrible perspective de la mort. C’est vrai, tu n’es pas si différente de ces personnes, tu n’es qu’une mortelle, non quelque déesse ou quelque ange ayant pris sur terre un visage humain. Mais, cachée en toi, se trouve la vertu qui te permettra de réellement te dépasser toi-même, de bénéficier de la grâce transformatrice des hommes, et d’aller à ma suite comme métamorphosée en princesse des contes, en madone des églises, en Marianne la Céleste, en Lady France, génie et patronne de la République. Tu marcheras sur les vents, et abattras les spectres du passé honteux de la France libre, un esprit sera en toi, qui est celui que les hommes ont prétendu représenter par les bustes de Marianne dans les mairies et les temples, et qui te donnera une nouvelle apparence. Et ta science t’y aidera, car il s’agira de transformation plastique, même si se déroulant depuis les forces cachées de l’univers, et non les principes mécaniques d’ingénierie terrestre que tu as jusqu’à maintenant suivis. Le plasme qui crée les corps sublimes existe aussi dans l’air, et je t’aiderai à le saisir ; et c’est alors que tu pourras accueillir en toi un esprit étoilé, qui te donnera les pouvoirs d’agir sur terre pour le bien, contre le mal, pour le progrès, contre les régressions et les illusions d’une évolution technique non maîtrisée. Cette métamorphose sera le pendant de celle que tu as cru créer, et son accomplissement véritable dans l’ordre des vraies forces cosmiques. Suis-moi, et tu le verras. »

Tout en l’écoutant, Marie-Sol Toclun sentait ses cheveux se dresser sur sa tête. Il parlait de choses horribles, qui achevaient de la désespérer. Il ne s’en rendait pas compte, pris dans le feu de son propre discours, des images qu’il mobilisait pour que les mots portent dans l’esprit de son interlocutrice et que même les anges l’entendent, les elfes en tremblent, les démons en rient, le diable s’en effraie. Mais, aux derniers mots de Captain France, Marie-Sol poussa un cri et s’écroula sur le sol inanimée : elle était évanouie, et dans son inconscience était encore secouée de spasmes. Imprudent avait été Captain France, et il s’en rendit aussitôt compte.

Il la souleva, la prit dans ses bras, prononça des mots dans une langue incompréhensible, un éclair vint, une boule de clarté l’entoura, et il disparut de la surface de la terre. Où alla-t-il ? Suivons-le, car la muse nous en a parlé, nous l’a dit : elle nous a montré la chronique des mondes que les rayons des étoiles projettent dans l’air, comme elle l’a fait jadis à bien des poètes. À cette muse, en effet, à cette bonne fée, la vision ne s’arrête jamais à notre espace physique, en volume, elle va bien au-delà. On peut même dire qu’elle voit surtout cet espace par nos yeux, à nous, pauvres mortels : l’autre lui est plus naturel. Aussi, ne cacherai-je rien de ce que fit ensuite Captain France, avec Marie-Sol dans ses bras musculeux et brillants.

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