Captain France contre les démons en plastique : une épopée. Episode 25 : une renaissance de Captain France
(Dans le dernier épisode de cette étonnante geste, nous avons laissé l'Homme de Synthèse, le puissant Ernükhl, alors qu'il était en train de torturer Robert Hugues, qu'il soupçonnait d'être un puissant ennemi.)
Ernükhl mit le visage par-dessus son épaule, tourna la tête
vers lui, le regardant de tout près, faisant sentir à sa proie son haleine repoussante,
mélange de plastique et de produits azotés. Robert, tournant légèrement la tête
vers lui, tout en la maintenant penchée, ouvrit les yeux.
Ernükhl, sursauta violemment, poussa un cri : ces yeux
étaient précisément ceux, vitreux et rouges, qu’il avait vus au spectre de son
cauchemar !
Il retourna devant Robert, lui releva une seconde fois la
tête, releva ses paupières juste rabaissées : les globes, légèrement
relevés, étaient normaux. Il secoua sa proie, puis la lâcha en poussant une
insulte.
Tremblant de crainte ou de rage, il s’éloigna, revint dans
les quartiers privés aménagés dans l’usine dont il avait pris possession par la
force, se nettoya à l’huile, se frotta jusqu’à briller, s’admira dans le miroir
– surhomme parfait du futur, au corps si glorieux ! Puis il décida d’avoir
un semblant de sommeil dans le lit où dormait déjà sa bien-aimée. S’étant
couché, il s’endormit.
De son côté, Robert Hugues était à présent secoué de spasmes !
Une sorte d’énergie brillait et vibrait autour de lui – et,
le traversant, figurait comme un nuage électrique qui l’entourait, ou
l’assaillait. D’où ce flux tourbillonnant était-il donc venu ? On ne sait.
Mais un témoin eût pu y distinguer, peut-être, un vague visage de femme aux
cheveux d’éclairs ! Elle n’était pas souriante, ni amène ; mais en
colère, et amère.
Robert sembla s’éveiller. Tout du moins, il parla dans son
sommeil. « Mère ! Mère ! », disait-il.
« Mère ! » Un flux d’énergie s’élança vers sa joue, lui donnant
comme une gifle. « Ah » ! cria Robert Hugues. Et un flot de
larmes jaillit de ses yeux.
L’instant d’après, s’apaisant, le nuage d’éclairs fit autour
de lui comme une boule, qui bientôt prit quelques couleurs, passant rapides et
ondoyantes à la surface. Trois bientôt dominèrent : on l’aura deviné, il
s’agit du bleu, du blanc et du rouge !
À l’œil humain qui se fût trouvé là, le corps de Robert eût
bientôt disparu dans la boule de lumière : elle devenait opaque, quoique restant
luisante. Les chaînes qui avaient attaché les poignets et les chevilles de
Robert pendaient, désormais, contre le mur et au sol, vides !
La boule se déplaça, s’élevant au-dessus du sol.
C’est alors qu’entrèrent les deux gardes qu’Ernükhl avait
préposés à la surveillance de Robert, et qu’il avait maintenus à l’extérieur
lorsqu’il était entré pour lui faire subir des sévices. Il leur avait ordonné
de se coucher sur des lits d’une pièce adjacente, et de fermer la porte :
il voulait être seul, pour torturer sa victime. Mais le bruit des chaînes heurtant
la paroi, ainsi que les vibrations créées par la sphère d’énergie les avaient
éveillés, et amenés à venir voir ce qui là se tramait.
Ils purent voir, suspendue, la boule dorée, traversée de
couleurs mouvantes, et légèrement oblongue, qui avait avalé le corps de Robert
Hugues. Elle était reliée aux quatre coins de la pièce par une sorte de tige
d’énergie, presque solide à frce de constance. Le tout, il faut l’avouer,
ressemblait à un énorme cocon. Tout autour, de vagues éclairs silencieux
continuaient de courir, comme accroissant la substance du cocon.
Les deux gardes au corps mêlé de dispositifs technologiques levèrent
en même temps la main, comme saisis de la même pensée : de leurs doigts sortirent
des canons, qui lancèrent aussitôt des balles fulgurantes et embrasées - fins
obus d’acier que leur organisme modifié contenait.
Elles rebondirent sur la boule, filant s’encastrer dans le
mur de plâtre, qu’elles fissurèrent aussitôt.
Surpris, les deux gardes abaissèrent le bras, toujours en
même temps. Ils s’avancèrent, posèrent la main sur la boule : elle était
chaude, sans être brûlante – et, ils en étaient sûrs, quelque chose palpitait à
l’intérieur : c’était vivant. Ils retirèrent la main, choqués, partageant
toujours au même moment la même pensée. Ils se dédoublaient parfaitement, et,
sous leurs casques noirs, on ne pouvait même savoir si leurs visages avaient
des traits différents.
Faisant reculer leurs poings d’un même mouvement, ils
frappèrent la paroi de la boule de toute leur force décuplée par les mécanismes
insérés dans leur corps par leur maître, le mage Ernükhl à la puissance
incommensurable !
La boule trembla, mais demeura intacte : les poings ne
pénètrent pas sa paroi pourtant douce. À peine pouvait-on voir, où les poings
avaient frappé, de vagues enfoncements, bientôt effacés par la vie interne à l’objet.
Les deux gardes se regardèrent, et, levant leurs bras, les
joignirent par leurs mains : les cinq doigts de chacun s’enfoncèrent entre
les cinq doigts de l’autre. Un flux d’énergie passa de celui qui était à gauche
à celui qui était à droite. On entendit un bruit sourd, et un éclair jaillit de
l’intersection des doigts joints. L’instant d’après, le garde de droite retira
sa main, pendant que celui de gauche demeurait immobile.
Le garde resté en mouvement s’avança vers la boule, prêt à
frapper sa paroi douce et dorée de sa force cette fois plus que décuplée. Il voulut
de nouveau tester cette matière, y posa d’abord sa main gauche. Mais, avant
même que ses doigts n’eussent atteint la courbe dorée, son poignet fut saisi
par une main de fer : un gant vermeil, attaché au poignet par un bracelet
d’or, avait jailli de l’intérieur de la boule et l’avait enserré dans ses
doigts puissants.
Le bras qui continuait cette main gantée était revêtu d’une
sorte de tissu blanc, chatoyant et brillant, fin revêtement de mailles d’acier
lunaire. Pur et léger, il n’en était pas moins invincible : nulle balle
humaine, tirée par le plus puissant des fusils, ne pouvait la traverser. Les
hommes sont si orgueilleux, avec leur technologie ! Mais elle n’est rien,
face à la magie des étoiles. Car il ne s’agissait de rien d’autre : il faut
le savoir.
Le garde, pour la première fois, poussa un cri : il
était rauque et obscur, pareil à celui qu’aurait poussé une grotte, si elle eût
été vivante. Il leva la main droite, et l’abattit sur le bras qui sortait de la
boule. Ce bras lâcha sa main, mais une autre main sortit brusquement de la
boule à hauteur de son visage, et, le poing fermé, gros et carré, s’élança vers
ce visage – brisant instantanément son casque pourtant renforcé, réputé le
protéger même des balles de pistolet.
Le poing ganté de rouge atteignit sa mâchoire, et la brisa.
Le garde hurla – et, cette fois, on entendit, enfin, un accent humain, dans son
cri ! Captain France, car c’était lui, avait ramené, à force de coups
rédempteurs, l’humanité dans l’âme de son ennemi – et c’était son but réel, car
il était compatissant même dans ses coups, même au sein ardent de la
bataille ! Il n’assénait jamais, à ses adversaires, que des coups
purificateurs !
Captain France sortit de la boule, splendide, plus glorieux
qu’aucun corps de plastique forgé sur terre – car le sien l’avait été sur la
Lune, en tissus d’astres saisis par les elfes, selon le secret ordonnancement
des dieux.
La boule s’évanouit dans l’air, comme si elle n’avait jamais
été qu’une illusion, un rêve, un semblant de lumière épaissi, désépaissi
aussitôt sa fonction remplie !
Le garde, malgré sa mâchoire cassée, voulut faire face. Il
espérait qu’Ernükhl, sortant de son sommeil, viendrait l’épauler. Devant lui se
tenait un véritable guerrier, masqué, tenant en main un bâton d’or, laissant
flotter ses légers cheveux blonds, longs et fins – et musclé, tout revêtu de
blanc, ganté de rouge, et développant des bandes bleues recourbées autour de
son cou, de sa taille où pendait une écharpe, ainsi qu’à ses tempes. Il était
prêt : il le regardait, l’attendant.
Le garde sentait en lui la crainte revenir, qu’il avait
oubliée depuis des lustres. Ernükhl l’avait chassée de son âme – le rendant
impitoyable, et, croyait-il, tout-puissant ! Mais il tremblait, à présent,
devant Captain France – et il ne savait si c’était de peur, d’admiration ou
d’émerveillement. Quelque chose s’éveillait en lui, qu’il croyait enfoui –
comme la vision des étoiles, mais vivantes, et déployant des figures fabuleuses
dans l’espace immense du ciel. Captain France était l’une d’elles,
cristallisées sur terre pour la sauver du mal ! Ce garde en avait
l’horrible pressentiment : le doute, à son tour, l’entoura de ses bras
étouffants. Ce qu’il avait appris à mépriser, à ne pas croire, voici que cela
se matérialisait, sous ses yeux !
Il n’en tenta pas moins de lever sa main-pistolet vers le
visage de l’être sublime, terrifié par ce que lui infligerait Ernükhl s’il ne faisait
pas tout ce qui était en son pouvoir pour arrêter cet être. Et il était prêt à
tirer, quand Captain France se volatilisa sous ses yeux. L’instant d’après, avec
à peine le temps de l’apercevoir du coin de l’œil, il reçut de son poing rouge
un nouveau coup, qui l’étala pour le compte.
Captain France, né une seconde fois, possédait le pouvoir de
se déplacer instantanément derrière le voile de la matière !
Il se dirigea, de ses pas brillants, vers la chambre où
dormait Ernükhl : ses sens le lui montraient, à travers les murs. Derrière
lui une vague traînée d’étincelles se posait sur le sol carrelé, avant de se fondre
dans l’obscurité. Il avançait comme un ange, à travers les ténèbres constellées
de voyants lumineux et de machines luisantes ; mais il s’agissait de
Captain France !
Il gagna la porte des appartements privés de Marie-Sol
Toclun et de son compagnon, que celui-ci avait fermée derrière lui. Il tenta de
l’ouvrir au loquet, mais elle résista : Ernükhl l’avait verrouillée. Il
posa la main sur la porte, et elle vola en éclats. Il entra.
Mais le bruit avait réveillé Ernükhl.

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