Captain France contre les robots en plastique : une épopée. Episode 19 : la faute de Captain France

(Dans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé Captain France alors qu'il avait laissé son ami Dehmoud Détrembières, simple mortel, aux soins des nains de sa mère, l'immortelle Osuliën.)

Captain France se retira, marchant quelque temps, pour s’apaiser, dans le jardin d’Osüliën. Il regarda les arbres, les fleurs, les collines, l’horizon. La beauté toujours régnait dans cet endroit enchanté : les couleurs semblaient s’animer d’elles-mêmes, comme dans un tableau de peinture, et l’on entendait soupirer les plantes, qui se penchaient à son passage dans les allées. Les fleurs, en particulier, s’ouvraient imperceptiblement, et jetaient des feux ; les fruits, toujours présents dans ce royaume qui mêlait les quatre saisons, oscillaient sans qu’un vent se fût fait sentir.

Il sortit du jardin, et marcha quelque temps dans un pré, où paissaient des moutons. Ils vinrent à lui en bêlant. Il leur caressa la tête et passa son chemin, laissant leur visage silencieux tourné vers lui. Ses bottes dorées à rabats se posaient délicatement sur l’herbe, qui faisait à peine un bruit.

II se dirigea vers le bois qui longeait le pré, comme attiré. Il vit soudain un cheval en sortir. Il était blanc, et sa crinière semblait être de flammes. Il hennit, et se dirigea vers lui, ralentissant à son approche. Il hocha la tête devant lui en piaffant, comme pour demander à son tour des caresses. Captain France mit la main sur son museau pur. Le cheval le regarda d’un seul œil. Captain France crut voir une étincelle y naître. L’instant d’après, le cheval tourna, plaçant Captain France contre son flanc, comme pour l’inviter à monter sur son dos. Captain France comprit, bondit, et s’assit sur l’encolure de la bête. Devant lui la crinière d’or brillait en ondoyant, comme un champ de blé battu par le vent en plein soleil. Le cheval s’avança, et retourna vers le bois, cette fois avec Captain France sur son dos.

Ils passèrent entre deux arbres, dont le feuillage dessinait dans l’air un arc. Captain France songea qu’il s’agissait d’une porte. Autour de lui la forêt rayonnait d’une belle lumière verte. Mais peu à peu le décor se changea : les arbres devinrent les piliers d’un temple, les feuillages s’ornèrent de figures immobiles, sortes d’anges tenant une épée, et Captain France vit leurs yeux briller. À leurs côtés étaient des bêtes, lions, taureaux, aigles, loups, cerfs, et bientôt Captain France vit que même s’ils étaient immobiles, ces êtres le regardaient, et qu’il passait entre eux comme entre deux alignements délibérés. Au-dessus, une canopée de branches étrangement régulières dans leur entrelacement faisaient briller une allée de lanternes dorées, ornées de pierres précieuses qui renvoyaient la lumière de ces lanternes en la multipliant, et en lui faisant prendre les teintes qui leur étaient propres.

Le temple n’en était pas moins profond et obscur, comme si les lanternes ne parvenaient pas à en percer les ténèbres. Cependant, leur clarté parut s’augmenter, et Captain France distingua, au fond du temple, un rideau rouge. Sans qu’il pût voir qui le tirait des deux côtés, il le vit s’ouvrir par le milieu. Une vraie lumière en surgit.

Et derrière, Captain France vit une statue assise sur un trône, les yeux étincelants, l’air sévère. La clarté en émanait, magiquement. Et Captain France reconnut simplement sa mère. Il s’écria : « Maman ! » Elle ne répondit pas. Son regard jetait des éclairs, comme si elle le haïssait. « Maman ! » répéta Captain France. Autour de lui il entendit bruisser, comme si des murmures de désapprobation couraient parmi les figures immobiles. « Maman, qu’y a-t-il ? » demanda cette fois le fils inquiet. « Pourquoi es-tu ici, et non dans ta maison ? »

Et voici que de sa voix chantante et profonde, mais pleine d’un chagrin rentré et d’une colère dissimulée, elle répondit : « Comment pourrais-je demeurer dans ma maison habituelle, alors que tu y as introduit la mort ? Je dois maintenant me protéger dans cette forêt des affres du temps qui détruit tout, et dont la mort aux longues serres est la fille. Es-tu fou, d’avoir commis cet ignoble péché ? Mérites-tu de vivre parmi les Immortels, ou tiens-tu trop de ton père, malheureux mortel de la Terre ? Sois maudit, Ordiler, car je t’aimais, je t’aimais plus que tout au monde, et tu m’as trahie, installant la mort chez moi.

« Déjà les murs croulent sous la pression de la mort, le crépis s’en détache. Et tout autour les oiseaux pleurent, voyant leurs plumes elles-mêmes s’assécher. Es-tu fou ? Les nains auxquels tu as confié ton ami de la Terre eux aussi voient la mort faire peser sur eux sa main. Et comme tu leur as donné l’ordre de sauver cet ami, ils la combattent, tentant de la repousser. Elle vient et revient, et eux lui donnent des coups de hache et d’épée qui ne font que la ralentir, et ne l’empêche pas de gagner du terrain dès que leur bras leur semble trop lourd. Bientôt ils seront emportés.

« Rassure-toi : ton ami vivra. Il est déjà soigné, et je l’ai fait renvoyer sur Terre, où il repose parmi les siens, sur la voie de la guérison. Mais la mort exige un suppléant, et est en train d’emporter plusieurs de mes nains, estimant qu’un homme mortel ne saurait être remplacé par un seul d’entre eux. Ils pleurent, et fuient, sans possibilité de rémission. Ils se sont sacrifiés pour toi, fou que tu es.

« La mort va bientôt partir, mais elle aura introduit par ta faute la destruction dans mon royaume, et je dois attendre la grâce des étoiles avant de pouvoir revenir dans ma maison réparée. J’en ai fait la demande officielle ; j’attends la réponse. Mais pour toi, tu seras châtié. On l’exige, en haut lieu.

« J’ai déjà prévu ce que je ferais. Voici ce qu’il en sera : tu seras exilé parmi les mortels sans pouvoir revenir parmi nous. Tes pouvoirs te seront ôtés, il ne te sera laissé qu’une force exceptionnelle et une science des choses qu’aucune mortel ne possède. Le reste te sera enlevé, car tu ne mérites pas, de ton côté, le don des astres ! »

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