Captain France contre les robots en plastique : une épopée. Episode 18 : les interrogations du mal
(Dans le dernier épisode de cette fantastique série, nous avons laissé Captain France alors qu'il avait pris la décision de faire soigner un vaillant mortel au grand coeur par les êtres magiques de son royaume.)
Il souleva Dehmoud Détrembières qui gémit dans ses bras, et, regardant fixement le drapeau par lequel il était entré dans le monde des hommes, soudain il y bondit : il se fondit aussitôt, avec Dehmoud, dans ses couleurs, se dissolvant étrangement en une poussière brillante, qui bientôt disparut dans l’air.
Mais personne ne le vit, ni ne sut jamais ce qui s’était
passé dans les bureaux de la préfecture de Bourg-en-Bresse. On ne put que
constater la mort de la préfète.
Quant aux restes des cyborgs, ils avaient mystérieusement disparu,
ramassés ou emportés par on ne sait qui.
Ernückhl était aux aguets : à distance, aidé par les
dispositifs cachés dans les systèmes des cyborgs, il avait tout vu. Cependant,
il n’avait pu pleinement comprendre qui était Captain France. Il devina
vaguement des éléments, connaissant le monde des génies, dont en vérité il
était issu : il connaissait sa mère la fée, Osüliën – il l’avait croisée
une ou deux fois à la cour des princes de la Lune. Et il avait bien vu des
traits communs, avec Captain France. Mais il ne connaissait pas le détail de
leurs liens.
Il demeura perplexe, surpris de cette intervention soudaine.
La victoire nette de Captain France contre ses deux cyborgs ultraperfectionnés,
évolués au dernier stade de la matière complexifiée, l’avait étonné, et laissé
dans l’inquiétude : que pouvait-il faire, encore, pour améliorer sa
production ? Il se doutait qu’il trouverait, mais il ne savait dans quelle
direction. Il consulta ses grimoires, demanda même de l’aide à son maître
secret, résident permanent de l’abîme.
Il ne saisissait pas, non plus, comment Captain France avait
si aisément passé le seuil de l’Intermonde, dont il était manifeste qu’il
venait. Existait-il des portes qu’il ne connaissait pas ? Cet être tricolore
avait-il bénéficié de l’aide d’un être céleste qu’il n’avait pas vu, un Oniün
quelconque ? Avait-il pour lui déchiré le voile de la matière, de ses pouvoirs
fabuleux ? Il ne savait qu’en penser.
Il lui avait semblé voir, sur l’écran de télévision aménagé
dans le laboratoire de Marie-Sol Toclun, un éclat suivre Captain France au
moment de sa dissolution dans les couleurs du drapeau. Il y avait, peut-être,
distingué vaguement une forme. Cela pouvait avoir été celle d’un jeune homme,
ou d’une jeune fille : il n’eût su dire. Cela l’intriguait fort. Il y avait
là, assurément, une partie de l’explication de l’énigme qui le taraudait. Il le
sentait : le devinait. Regardant encore les images enregistrées, il crut
voir, même, la forme d’un lynx, dans cette lumière projetée autour de Captain France :
quel était ce mystère ? Quelle ombre lumineuse pouvait exister autour de
cet être bariolé, vêtu comme un guerrier de l’avenir ? Il en était
perturbé, dans sa science qu’il croyait invincible.
De l’autre côté du seuil Captain France arriva environné de
vapeur, toujours portant Dehmoud Détrembières dans ses bras.
Il sortit de la chambre rouge où il demeurait habituellement
dans l’attente, et se dirigea vers la salle de soins de la maison de sa mère.
Il ordonna aux nains médecins, qui se trouvaient là, de soigner de toute leur
science le mortel qu’il leur avait amené, et de l’arracher aux griffes de la
mort. Car, naturellement, elles l’avaient suivi jusque-là. Il les voyait,
étendues, sombres, effilées, prêtes à déchirer ce corps exsangue, et à
installer la ruine jusque dans la maison d’Osüliën.
Le chef des nains attachés à celle-ci, Iñtuk, voulut
protester : il connaissait la règle. Mais Captain France haussa le ton, et
ses yeux d’or dégagèrent une flamme. Iñtuk s’exécuta donc, en priant qu’Osüliën
l’épargnerait – lui pardonnerait d’avoir obéi d’abord à son fils, comme si
celui-ci connaissait les exceptions possibles à la règle pratiquée. Il se mit à
l’œuvre.
Captain France se retira, marchant quelque temps, pour
s’apaiser, dans le jardin d’Osüliën. Il regarda les arbres, les fleurs, les
collines, l’horizon. Un cheval alors sortit du bois voisin.

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