Captain France contre les démons en plastique : une épopée. Episode 20 : le mystère d'Ordiler

(Dans le dernier épisode de cette singulière série, nous avons laissé Captain France alors qu'il venait d'écouter sa propre mère l'accabler de reproches inattendus, dans le royaume des immortels.) 

Captain France, dont le nom privé était effectivement Ordiler, arrondissait les yeux en écoutant ce discours, tremblant et honteux. Il ne savait pas qu’à peine était-il sorti de la maison de sa mère, la mort avait déjà commencé à attaquer les Nains dans cette maison même, pendant que les médecins de leur peuple, ainsi qu’il le leur avait demandé, tâchaient de soigner Dehmoud Détrembières, et criaient aux gardes de repousser le monstre afin de de leur laisser plus de temps.

Les choses étaient allées en vérité très vite, et la promenade de Captain France dans les jardins, si insouciante, si douce, si heureuse, avait dissimulé à son cœur la terreur qui venait de s’abattre dans la maison de sa mère. Alors que la brise de l’ouest, appelée autrefois zéphyr, caressait son beau visage et apaisait le souffle qui avait fait battre son cœur et animé son sang pendant la bataille, à cause de lui les nains qui gardaient, entretenaient et embellissaient la maison de sa mère étaient en plein combat, étaient décimés, eux qui dans ce royaume enchanté se croyaient à l’abri de la mort !    

Il pleura. Les larmes descendirent sur ses joues après avoir jailli des yeux, et reflétèrent la lumière des flambeaux tenus par les branchages entrelacés qui figuraient le mur du temple. Un scintillement en vint et, dans l’assemblée, on se demanda si Osüliën serait touchée par cette démonstration de tristesse, et garderait pour elle sa colère. Mais il était dans les desseins des dieux, qu’il n’en fût rien.

La reine leva la main droite, un éclair en fusa, qui toucha Captain France au cœur. Il se sentit envahi d’une lumière noire, d’une flamme qui le consumait.

L’instant d’après, il se réveilla. Il était allongé sur un lit dans une chambre obscure, muni d’une chaise et d’un bureau. Une porte était ouverte, menant à la salle de bain. La fenêtre laissait passer la lumière d’un lointain réverbère.

Captain France était sous une couette assez épaisse. Il avait chaud, il transpirait. Il l’abaissa, et vit qu’il était vêtu d’un pyjama aux couleurs du drapeau français. Il se souvint que son père le lui avait offert alors qu’il n’avait que seize ans, et que, l’affectionnant encore, tout âgé de vingt-huit qu’il fût à présent, il l’avait mis la veille au soir avec plaisir, sentant le souvenir sur lui de la main de son père qui le lui avait tendu le jour de son anniversaire.

Il regarda la fenêtre, et vit, dans la nuit finissante, une haute forme sombre : il reconnut, sans peine, le donjon du château de Vincennes, près duquel il vivait ordinairement. Son père, de nouveau, payait le loyer.

Mais, au fait, qui était son père ? Il n’arrivait pas à s’en souvenir.

Il réfléchit. Quel était son nom, à lui ? Il n’arrivait pas non plus à s’en souvenir. Quelle était cette amnésie, dont il était curieusement frappé ? Avait-il si sombré dans le pays des rêves que toute mémoire en lui en avait été détruite ?

Il regarda sur les murs qui se trouvaient autour de lui, Il y vit des affiches de super-héros, tous américains. Il y avait Captain America, dessiné par Jack Kirby ; Iron man, dessiné par Gene Colan ; Captain Marvel, dessiné par Jim Starlin ; Spider-Man, dessiné par Gil Kane ; et Batman, dessiné par Neal Adams. Ces affiches étaient rassemblées sur un mur. Sur un autre, des copies de tableaux de vieux maîtres étaient encadrées : on y voyait un Van Gogh, un Monet et un Raphaël, mêlant les temps et les styles. Sur le bureau, un petit buste de Marianne, avec un bonnet rouge vif incrusté d’une étoile dorée, semblait le scruter de ses yeux tendres. Il ne reconnaissait pas cette pièce. Il se demanda s’il y avait jamais été, si on ne l’avait pas mis là, pour lui faire une blague, durant son sommeil.

Captain France, ou l’homme qui avait rêvé d’être Captain France, regarda par la fenêtre une seconde fois : le drapeau de la France flottait au sommet du donjon de Vincennes, faisant briller ses couleurs aux rayons de l’aurore. Il ne savait pas quel jour on était. Il vit un téléphone portable sur le bureau, branché à son chargeur. Il le prit, regarda la date et l’heure : mercredi 16 mars, cinq heures et trente-cinq minutes. L’année ne pouvait pas se lire sur l’écran bleu. Il passa son doigt dessus, et voulut taper le code de déverrouillage, mais il ne parvint absolument pas à s’en souvenir. Il soupira, reposa l’objet.

Par la fenêtre, il contempla encore le donjon de Vincennes, les murs du château, la flèche de la chapelle, plus loin l’esplanade, puis les arbres du bois. Un nom soudain résonna en lui, et il pensa que cela devait être le sien : Robert Hugues. Oui, il s’appelait ainsi.

Il avait faim. Il se dirigea vers le petit coin cuisine du studio qu’il occupait : il plaça, machinalement, un filtre à café dans la cafetière, y plaça du café moulu à la petite cuillère, ajouta de l’eau dans la machine, et poussa sur le bouton rouge, qui s’alluma aussitôt. Il ouvrit le placard, toujours d’instinct, et trouva du muesli, le versa dans un bol, y ajouta du lait d’amande qu’il trouva dans le frigidaire, et commença à manger. Il ne savait, vraiment, ce qu’il faisait.

Il versa ensuite le café dans une tasse et se dirigea à nouveau vers la fenêtre pour regarder le jour se lever. Sur l’horizon, des couleurs jaunes et rouges paraissaient. Le soleil s’annonçait glorieux. Le café, porté à sa bouche, était chaud et bon.

Il se demandait ce qu’il allait faire quand, soudain, des coups furent frappés à sa porte.

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