Captain France contre les robots en plastique : une épopée. Episode 15 : l'horreur du vrai cyborg
(Dans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé Captain France alors qu'il venait de donner un gros coup de pied à une araignée géante sur son crâne.)
Tout alors se précipita. Le sang noir de l’araignée blessée
coulait à gros bouillons de son crâne ouvert : acide et fumant, il dégageait
une odeur pestilentielle. Dans sa rage, le monstre n’en voulut pas moins régler
son compte à Captain France.
Celui-ci, souplement rétabli sur ses pieds, lui fit face les
jambes écartées, solidement plantées sur le sol. Utilisant les gadgets que les fées
de la Lune, ses amies, avaient installés dans son costume magique, il fit
partir, de ses mains gantées, un double rayon qui atteignit aussitôt l’araignée
en plein visage – et à l’éclat de ce rayon une face humaine apparut dans une
ombre, et elle était hurlante et désespérée, car le trait de feu de Captain France,
nourri de l’énergie cosmique des astres, l’avait brisée en trois morceaux :
si puissante et si pure en était l’essence !
Les pattes du monstre à leur tour se disloquèrent en gerbes
d’étincelles, comme s’il eût été avant tout une machine, puis, dissoutes, se
changèrent en simple fumée, ombre illusoire à peine condensée dans le monde des
apparences. Seule une épaisseur âcre, dans l’air, rappelait leur passage en ce
monde.
Agilement Captain France repassa par le trou pratiqué dans
le mur par le choc de l’attaque, pour assister à un étrange spectacle :
les yeux fous, le colonel de gendarmerie Georges Descland serrait la gorge de
Dehmoud Détrembières de ses mains nues, tâchant de l’étrangler, pendant que celui-ci
tentait de desserrer son étreinte de ses mains agrippées. Dans le même temps,
il tentait de lui asséner des coups de pied au ventre pour lui couper le
souffle et le contraindre à le lâcher. Mais le colonel de gendarmerie les
recevait comme s’il ne les sentait pas, cyborg dément et sans âme. Une partie de
son visage avait pourtant été arrachée, peut-être par un coup de feu tiré par
Dehmoud Détrembières : et sous la peau manquante apparaissait un circuit
de fils, avec des voyants lumineux et des morceaux de plastique qui pendaient,
ainsi qu’une sorte de fluide blanchâtre, coulant le long de son cou hideux et
trempant sa veste bleu marine piquée de boutons dorés.
Captain France s’élança, et, tendant devant lui sa jambe
droite en bondissant, frappa de la plante du pied le cyborg à la tête : il
en fut projeté en arrière. Rebondissant sur le mur de derrière, il rugit et arracha
son bel uniforme d’officier de gendarmerie : dessous, des protubérances
monstrueuses, des voyants incrustés dans la chair dévoilaient un homme
profondément modifié.
Captain France alluma dans ses yeux la vue pénétrante
passant au travers du voile de la matière : il vit un circuit, dans le
cerveau de l’homme, qui rappelait celui d’un ordinateur, et était en
communication constante, par le biais d’ondes artificielles, avec un autre être
au loin, qu’il ne connaissait pas, ni ne voyait.
Il devina qu’il était en face d’un monstre, mais d’origine
humaine, et doté d’une technologie que l’on ne connaîtrait au sein de
l’humanité que dans un certain futur. Quel être venu des étoiles avait bien pu
l’enseigner à ses constructeurs ? se demanda Captain France. Car il
reconnaissait, là, la science que seuls les ingénieurs lunaires connaissaient
déjà, dans le monde, et qu’il avait lui-même apprise durant ses années d’études
à l’université d’Idalinia, capitale de la Lune royale.
(A suivre.)

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