Captain France contre les robots en plastique : une épopée. Episode 16 : une défaite de cyborgs

(Dans le dernier épisode de cette série, nous avons laissé Captain France alors qu'il faisait face à un cyborg démoniaque, éclaireur de l'empire technofasciste inspiré par l'esprit de l'abîme.) 

Dans la bouche du cyborg apparut soudain un fin canon d’acier, et une balle en fut tirée, droit dans la direction de Captain France. Plus rapide que l’éclair, Captain France se tourna pour que la balle enflammée rebondisse sur sa poitrine que protégeait un plastron tricolore, scintillant et chatoyant à l’œil humain. À peine quelques étincelles jaillirent dans l’air devant lui au contact de la balle en plomb.

Puis Captain France bondit – et son mouvement si rapide qu’il laissa derrière lui une trainée de couleurs lumineuses, à la manière d’une fusée. L’air crépitait autour de lui, tout de feu qu’il était, et des étincelles semblaient l’entourer et voler de sa personne. Et il asséna, dans ce flux d’énergie, un coup de poing détonnant au cyborg, qui en fut assommé pour le compte : entièrement déréglé, son circuit faisait entendre des pets de rupture.

Captain France s’était tourné vers Dehmoud Détrembières : « Tout va bien ? », lui demanda-t-il de sa voix plus douce qu’on n’aurait pu croire, au vu d’un homme si grand, si musclé et si vif.

« Oui », répondit l’obscur serviteur de la France. « Mais où est le brigadier-chef ? »

Un cri alors se fit entendre : « Ici ! », fit une voix venue d’en haut. Et du plafond fondit sur Captain France soudain un homme au corps de serpent, bondissant sur deux tentacules métalliques, à la façon d’une machine qui eût été vivante. Un coup de poing magistral fut donné au gardien de la France, qui en gémit ; et, du tentacule droit du monstre, jaillit une tige de fer effilée qui vint transpercer le ventre de Dehmoud Détrembières, qui poussa un cri : la tige ressortait de l’autre côté de son corps, et du sang ne tarda pas à couler le long de la chemise du soldat. Quand elle fut retirée, Dehmoud s’affala sur le sol, serrant les dents pour ne pas qu’on l’entende se plaindre. Autour de son ventre, une flaque rouge rapidement se répandit sur le plancher d’or.

Plus rapide que sa masse métallique n’eût pu le laisser supposer, le faux brigadier-chef se tourna vers Captain France qui s’essuyait la bouche meurtrie, après avoir reçu le coup puissant de l’ennemi. Il leva le tentacule par sa seule force de volonté, pointant la tige effilée d’acier vers son cœur, afin de l’assassiner.

Captain France n’eut que le temps de dévier la tige rapide de sa main gantée de rouge, s’aidant de son bracelet d’or aux ressources cachées, et elle ne put créer qu’une estafilade à son bras droit. Son costume enchanté en fut rompu, aussi extraordinaire que cela paraisse. Telle était la puissance d’Ernükhl, qu’il pouvait vaincre, par ses inventions, le charme des anges de la Lune ! Car c’est par leur charme que ceux-ci étaient parvenus, dans la lumière des étoiles, à tisser cette armure si souple qu’on aurait dit un costume, et qui arborait les couleurs de la France. Ces couleurs, en effet, sont des reflets des couleurs qui sont cachées dans les rayons des étoiles, et que l’œil ordinaire ne voit pas. Il y en a d’autres, mais ce sont celles-ci, bleu, blanc, rouge, qui brillent dans les astres auxquels la France est chère, et qui, l’aimant, veillent sur elle. Régulièrement d’elles viennent des fées, qui sont trois, et qui, dans le cœur de l’Homme, ont fait naître trois idées, la devise même de la République. Nous en reparlerons, à l’occasion.

Toujours est-il que Captain France devait répliquer. Et de ses yeux brillants et entièrement d’or, sans qu’on pût voir nulle pupille, jaillirent des rayons de feu concentré qui frappèrent le tentacule droit muni de cette pointe si effilée, qu’elle pouvait rompre le costume du gardien de la France libre. Sous le choc, le tentacule, aussi solide fût-il, fut rompu. Le brigadier-chef factice poussa un cri. Mais il tâcha d’utiliser l’autre tentacule, pour redonner un coup fatal à Captain France. Il n’en eut pas le temps. Captain France bondit, et, le pied en avant, le frappa au visage. Il s’écroula, la mâchoire arrachée : dessous, à nouveau, étaient des fils de cuivre mêlés à du métal et à du plastique. Lui non plus n’était plus vraiment humain. Un circuit complexe montrait également dans sa tête un ordinateur relié à une commande extérieure : il n’était, au fond, qu’un pantin.

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