Captain France contre les démons en plastique: épisode 32. Une initiation tendue

(Dans le dernier épisode de cette inquiétante épopée, nous avons laissé la nouvelle amie de Captain France alors qu'elle avait accepté de devenir une super-héroïne protectrice de la France, de l'Europe et du monde.)

Elle s’attendait, peut-être, à être félicitée. Mais dès qu’elle eut donné son accord un éclair jaillit, suivi d’un coup de tonnerre retentissant, et la salle, avec tous ses occupants, disparut. Seul Captain France était à ses côtés, éclairé dans l’obscurité soudain créée par son propre costume rutilant. Or, une lumière blanche emplit peu à peu cet espace inconnu, ne contenant absolument rien, si ce n’est les deux personnages. Même les pieds de Marie-Sol et de Captain France semblaient reposer sur du pur néant, sans qu’aucun sol fût visible.

Et quand la lumière se fut imposée elle vit qu’elle était dans un costume différent, qui lui moulait le corps, lequel elle trouvait curieusement plus fort et athlétique que d’ordinaire : sa métamorphose avait commencé. Elle ne portait pas de masque, mais son costume, qui lui collait comme une seconde peau, était noir comme le jais, et le traversaient des bandes rouges. Des dessins dorés, rappelant les feuilles d’acanthe, étaient tracés sur ces bandes rouges. Elle avait des gants, une ceinture et des bottes, prête à user de son nouveau corps athlétique. Elle avait l’impression qu’autour d’elle l’air crépitait, comme si, à son tour, elle eût eu un costume qui scintillât de lui-même. Mais il lui était difficile de le voir, car rien, si ce n’est le costume lui aussi brillant de Captain France, n’était propre à recevoir cette lumière, ainsi perdue dans l’air limpide.

Devant elle, Captain France tint soudain dans ses mains, apparus de nulle part, deux longs sabres effilés, brillant comme de l’or. Il lui en tendit un, elle le saisit par la poignée, le trouva étonnamment léger, et voici ! l’entraînement commença.

Captain France se mit en garde, et, quoiqu’elle n’eût jamais pratiqué l’escrime, se mit en devoir de faire de même. Or, elle fut surprise : il lui sembla savoir exactement ce qu’il fallait faire. Tout se passait comme si le costume même qu’elle portait connaissait l’art à maîtriser – et la guidait, lui parlait, lui chuchotait ce qu’elle devait connaître à son tour. Elle comprit, dès lors, qu’une grande partie de son entraînement consisterait simplement à apprendre les mots de son costume, et à suivre et épouser ses inspirations secrètes : car il était vivant, elle le comprit soudain ; il contenait un esprit, un souffle pensant : il était comme le corps de quelqu’un d’autre, plus savant, plus fort, plus agile qu’elle – plus expérimenté aussi, plus sage, comme si, ainsi que la femme inconnue le lui avait dit, il venait du futur avec une ombre, le propre être qu’elle serait dans plusieurs vies !

Bien sûr, Captain France était passé maître dans l’art de manier le sabre et les autres armes ; et, même à mains nues, il en savait long. Peut-être que son costume, tissé par les fées, possédait lui aussi un esprit qui l’avait éclairé, et encore l’éclairait ! Elle se souvint de ce que la femme inconnue lui avait dit : par son père, Captain France tenait à l’humanité terrestre. Il possédait, comme elle, un corps maladroit qu’un costume enchanté devait sublimer ! Entre elle et lui, plus de liens existaient qu’elle ne s’en était au départ rendu compte.

Il lui apprit tout ce qu’il savait, et à manier les énergies cosmiques, conduites par des souffles conscients, mais se comportant souvent comme des animaux, notamment au sein de la sphère terrestre : elle apprit à les dominer, à les diriger, à les commander. Des éclairs sortirent de ses mains, de ses yeux, de ses lèvres. Et elle sut s’entourer de feu ou de foudre, ou bien apaiser les flèches qui volaient autour d’elle ou couraient le long de ses membres à la façon de serpents.

Elle apprit le langage des génies, des elfes, des anges – et aussi des démons, car il fallait leur parler. Elle apprit la science des étoiles au-delà de celle naïve des hommes, et qu’au-delà des étoiles, si on regarde en arrière, on voit des esprits scintillants se mouvoir, dégager différentes couleurs dans leurs rayons, et parfois se combattre, ou bien alors s’unir en de joyeux rituels cosmiques.

Et elle apprit le secret des vents, des eaux, de la pierre, et elle sut les éveiller à volonté – jusqu’à un certain point tout au moins : car sa science, à cet égard, n’égala jamais celle de Captain France, qui en apprenait tous les jours, malgré l’étendue de ses connaissances déjà acquises. Mais, au combat elle devint désormais son égale, et ils se regardaient comme les deux pans d’un même manteau, les deux faces d’un même être, les deux membres d’une même entité ! Ils étaient parfaitement complémentaires, et vint le moment de l’ultime épreuve, à l’issue de laquelle la Nouvelle Marianne devait recevoir son épée et son heaume – qui était, aux yeux des hommes, son éclat et son masque. Car c’était les deux à la fois, selon qu’on regardait cette Nouvelle Marianne de dos ou de face ! Que celui qui peut comprendre comprenne : je n’en dirai pas plus sur ce chapitre.

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